Visiter la vallée du Côa, entre art rupestre et agritourisme

Mon dernier voyage au Portugal fut l’occasion de découvrir une région qui me faisait rêver depuis longtemps, la méconnue (mais non moins incroyable, vous allez le voir !) Vallée du Côa. Situé dans le nord du Portugal, près de la frontière espagnole, le Côa est un affluent du Douro, connu pour ses paysages sauvages, ses villages historiques, mais surtout son art rupestre unique au monde, qui lui vaut d’ailleurs un classement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Si vous cherchez une alternative à la traditionnelle Route des vins du Douro, ou si vous voulez tout simplement prolonger votre voyage par une destination préservée, encore réellement hors des sentiers battus (assez littéralement !), la Vallée du Côa ne devrait pas vous décevoir. Sur ma petite dizaine de voyages au Portugal, je dois dire que peu de régions m’ont autant touchée et émerveillée que cette incroyable vallée et ses grands espaces sauvages propices aux safaris insolites.

La Vallée du Côa, l’autre côté du Douro

Depuis Porto, on accède à la Vallée du Côa en remontant la Vallée du Douro. Si vous avez le temps, arrêtez-vous pour l’une ou l’autre dégustati on de ses vins réputés dans le monde entier. Sinon, l’autoroute vous y emmènera en un peu moins de 3 heures de route. Privilégiez celle passant par Viseu, qui vous évitera de multiples tournants !

La Vallée du Côa est une destination qui peut très bien se visiter toute l’année. Ce qui m’a le plus marquée dans cette région, c’est sa lumière incroyable, et ce quelle que soit l’heure de la journée. J’ai rarement vu un cadre aussi enchanteur ! Les portugais aiment particulièrement visiter la Vallée du Côa en février et mars, période à laquelle tous ses amandiers, aussi nombreux que les oliviers ici, sont en fleurs, créant des paysages bucoliques et très photogéniques. L’été, les terres sauvages de la Vallée du Côa, dont le côté parfois aride rappelle même carrément l’Afrique, se découvrent en voiture, mais aussi à vélo et à pied. Les randonneurs confirmés pourront ainsi découvrir la Grande Route de la Vallée du Côa, un parcours de 196 km le long du fleuve Côa, de sa source à Fóios in Sabugal jusqu’à l’estuaire du fleuve Douro à Vila Nova de Foz Côa (10 à 15 jours de marche ou 3 à 6 jours de vélo). Pour les autres, de plus petites randonnées sont aussi possibles, pour découvrir ces paysages immenses faits de chênes, bruyères, vignes, oliviers et amandiers, ainsi que les nombreuses espèces d’oiseaux ayant élu domicile dans la région.

Si un long weekend peut suffire pour un premier aperçu, on peut facilement se poser beaucoup plus longuement dans cette région qui, si elle ne dispose pas de beaucoup d’hôtels, propose par contre de nombreux hébergements d’agritourisme et logements ruraux, qui offrent un cadre parfait pour se ressourcer dans un environnement calme et serein. Je n’ai eu le temps de découvrir que l’un des anciens châteaux de la région (Castelo Rodrigo), également nombreux le long de la frontière avec l’Espagne (Forteresse d’Almeida, Castelo Mendo, Castelo de Pinhel, Castelo Melhor)… Ca me fera une bonne raison d’y retourner !

Castelo Rodrigo, Village Historique de la Vallée du Côa

Pour ma découverte de la Vallée du Côa, j’étais basée à Castelo Rodrigo, un des Villages Historiques du Portugal. Avec ses petites rues pittoresques et ses bonnes adresses (voir plus bas), Castelo Rodrigo est la base parfaite pour découvrir cette belle région.

Aujourd’hui, Castelo Rodrigo possède une soixantaine d’habitants. Son histoire multi-culturelle se découvre notamment via son église (Notre-Dame de Rocamador), son très ancien ghetto, son château-forteresse, ses remparts et sa citerne de style oriental.

Pour découvrir toute l’histoire de Castelo Rodrigo, des visites guidées en costume sont organisées, normalement uniquement en portugais, mais j’ai eu la chance de pouvoir la suivre en anglais, et de nuit, découvrant ainsi ce village médiéval dans une ambiance incroyable.

Et la petite communauté actuelle de Castelo Rodrigo a tout pour régaler les gourmands avec ses produits locaux. Une des spécialités du village, ce sont les amandes, préparées en 17 saveurs différentes par André, un français installé ici (d’ailleurs sa préparation à la lavande fut l’une de mes préférées !). Vous trouverez près de l’entrée principale du village sa boutique Sabores do Castelo (où vous pourrez également faire le plein de plein d’autres produits de la région).

Castelo Rodrigo possède aussi un excellent bar à bières, le Cantinho Café, qui représente parfaitement la tendance des bières artisanales qui se développe un peu partout au Portugal. La carte des bières portugaises qu’ils proposent est impressionnante, et donne d’ailleurs envie d’approfondir le sujet ! Si vous ne savez pas où commencer, la Dark IPA, spécialement créée pour le café par une brasserie portugaise, est un excellent choix.

Et puisque les vignes ne manquent pas non plus dans la région, Castelo Rodrigo a également son propre (et excellent) mousseux, que vous pourrez découvrir à la Casa da Cisterna, le merveilleux logement de type agritourisme qui occupe plusieurs maisons du village,  où j’ai séjourné durant ce voyage.

Où dormir à Castelo Rodrigo ? La Casa da Cisterna

La Casa da Cisterna est une guesthouse charmante tenue par un couple de passionnés, Ana et Antonio, qui ont donné une seconde vie à de vieux bâtiments du village. Avec des chambres doubles à partir de 75€ la nuit en chambre double, petit-déjeuner compris, c’est une option à la fois abordable et originale, grâce à des chambres toutes décorées différemment et à sa jolie piscine en plein air, qui offre une vue panoramique sur le village et sur ses environs. J’ai logé dans un des bâtiments annexes dans la Noitibo’s Suite, une grande suite en duplex, avec un spacieux espace salon-salle à manger et une grande salle de bain avec une jolie baignoire sur pieds.

La Casa da Cisterna, qui doit son nom à l’ancienne citerne du village, c’est aussi un restaurant offrant une possibilité de demi-pension ou pension complète pour ceux qui le souhaitent. Le menu change tous les soirs, et bien évidemment ce sont les produits locaux et les préparations traditionnelles portugaises qui y sont mises en avant. La terrasse, surplombant la piscine, est le cadre parfait pour une soirée gourmande, tout en observant le coucher du soleil…

L’Art Rupestre de la Vallée du Côa

Comme vous l’aurez compris, la Vallée du Côa est loin de se limiter à son art rupestre, qui est pourtant souvent la seule chose que les touristes de passage visitent dans la région. Il n’en reste pas moins que le Parc Archéologique de la Vallée du Côa est un arrêt immanquable qui vous permettra de découvrir des gravures datant du Paléolithique supérieur, conservés depuis plus de 30.000 ans. Une véritable galerie d’art à ciel ouvert !

Le Musée du Côa

Situé au point de confluence du Douro et du Côa, le Musée du Côa offre une bonne introduction à l’art rupestre au Portugal mais aussi dans le reste du monde, grâce à des expositions interactives. Perché au sommet d’une colline, le musée occupe un bâtiment ultra moderne conçu par les architectes portugais Pedro Tiago Pimentel et Camilo Rebelho, qui l’ont pensé comme une grotte, en hommage aux grands sites préhistoriques. Et ce, même si la grande spécificité de l’art rupestre de la Vallée de Côa est justement qu’on ne le trouve pas dans des grottes, mais en plein air uniquement.

Je vous conseille de visiter ce musée pour connaître le contexte de cet art rupestre avant d’aller le découvrir dans la nature. L’avantage du musée, c’est qu’on peut voir des reproductions d’art rupestre qui se trouve dans des endroits difficilement accessibles. L’autre avantage, c’est que comme ces gravures sont souvent difficiles à voir sans un éclairage adapté, le musée utilise également des animations pour vous aider à comprendre plus facilement les différentes représentations. Car la caractéristique principale de l’art rupestre de la Vallée du Côa, c’est un enchevêtrement constant. Celui-ci reste un mystère, car ce n’est pas les roches qui manquaient comme support. Beaucoup d’experts pensent que c’était un moyen pour ces hommes de s’imposer face à leurs prédécesseurs, comme on le voit d’ailleurs de nos jours avec le street art. Qu’en était-il réellement ? On ne le saura probablement jamais. Mais le mystère qui encadre encore ces œuvres d’art fait aussi partie de leur charme.

Vous y apprendrez également que c’est un projet de construction d’un grand barrage sur la rivière Côa dans les années 90 qui a permis de découvrir ces gravures rupestres uniques, prouvant alors que l’art rupestre paléolithique ne se trouvait pas, contrairement à ce qu’on pensait jusque là, uniquement dans des grottes. Malgré cette découverte, le barrage a bien failli engloutir à jamais cette vallée sauvage et ses œuvres, si une grande mobilisation citoyenne n’avait réussi à finalement faire annuler le projet, et heureusement ! Pour les sauver définitivement, les gravures du Côa ont été inscrites au patrimoine de l’UNESCO dès 1998.

Après la visite, ne manquez pas de vous attablez à la terrasse du restaurant-bar du musée, qui offre des vues panoramiques sur ces paysages qui sont parmi les plus beaux que j’ai pu voir au Portugal (voire même en Europe !). Ces courbes, ces lumières, ces couleurs… Et je vous jure que c’est encore plus beau en vrai qu’en photo !

Le site d’art rupestre de Penascosa

Pour voir les gravures rupestres dans leur cadre naturel, seulement 4 sites de la zone classée à l’UNESCO sont actuellement accessibles au grand public pour des visites, toujours encadrées par un guide : les sites de Penascosa, Canada do Inferno, Ribeira de Piscos et Fariseu. Le niveau de difficulté des visites va de facile à difficile, avec souvent un peu de crapahutage à prévoir.

C’est en jeep que nous embarquons au départ de la Casa da Cisterna (qui organise ces visites pour ses clients) pour aller découvrir les gravures rupestres de nuit sur le site de Penascosa, situé sur une plage le long du Côa, et qui fait partie du Parc archéologique de la Vallée du Côa. La nuit est le meilleur moment pour admirer les gravures, la lumière des lampes torche faisant ressortir les traits des dessins et les rendant plus facile à voir. L’émerveillement commence dès le trajet au coucher du soleil, entre vignes et oliviers…

A la fin de la petite route de terre, nous arrivons sur ce site juste avant que la nuit ne tombe. La visite peut commencer ! Ce site est souvent privilégié pour les visites guidées, car il est très facile d’accès, il ne faut pas beaucoup marcher, et on peut admirer plusieurs ensembles d’art rupestre situés les uns à côté des autres. Les œuvres que l’on peut découvrir sur ce site ont été réalisées entre 30.000 et 15.000 ans avant présent. Découvrir les animaux gravés, ligne après ligne, dans cet environnement sauvage, en tout petit groupe, sous un ciel étoilé, était un moment vraiment unique. C’est vraiment une activité immanquable si vous séjournez dans la région !

Un safari dans la Réserve Naturelle de Faia Brava

La Vallée du Côa réserve décidément bien des surprises. C’est à nouveau à bord d’une voiture 4×4 que nous avons embarqué pour découvrir la réserve privée de Faia Brava, nichée au cœur de la Vallée du Côa.

Faia Brava est une zone pilote du projet Rewilding Europe qui vise à la création de zones naturelles sauvages et au développement du tourisme de nature. On y a notamment réintroduit d’anciennes espèces de chevaux et vaches sauvages (Maronesa et Garrano), et la zone est aussi connue par les ornithologues puisqu’on peut y observer de nombreux oiseaux, et en particulier des rapaces et des vautours assez rares. Aigle royal, aigle Bonelli, percnoptère d’Egypte, vautour fauve, faucon pélerin, Grand-duc d’Europe, cigogne noire,… Il suffit de lever les yeux, et d’avoir un peu de chance.

L’accès à la réserve est limité, puisque celle-ci ne peut se découvrir qu’accompagné d’un guide (mis à part le tronçon du grand itinéraire de randonnée qui traverse librement la réserve). La réserve se visite soit à pied (plusieurs itinéraires de randonnée guidée sont disponibles) soit en jeep, en mode safari. Et je dois dire qu’il ne m’a pas fallu longtemps pour me retrouver transportée en Afrique, avec ces grandes étendues sauvages, ces routes de terre cabossées et ces animaux que l’on s’arrête pour observer aux jumelles. J’avais presque du mal à réaliser que j’étais toujours au Portugal.

Mais le « clou du spectacle » de ce safari, c’était de pouvoir découvrir un des rares endroits où il est encore possible d’admirer de l’art rupestre dans un environnement totalement sauvage, puisque la réserve abrite quelques dessins rupestres – ici, ce ne sont pas des gravures. Ce n’est pas Chauvet ou Lascaux, et d’ailleurs à cet endroit précis l’art rupestre est bien plus récent (8000 ans avant présent), mais quel sentiment incroyable de pouvoir observer ça dans un tel cadre !

Après la découverte de la Vallée du Coa, mon voyage s’est poursuivi dans la région de Viseu. Mais ça, ça sera pour un prochain article !

 

J’ai découvert la Vallée du Côa avec l’aide de Center of Portugal mais mon opinion reste, comme d’habitude, entièrement indépendante.

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